Valentin Chaput

UN BLOG DE RATTRAPAGE

Les 3 points sont de retour ! Il n’Ă©tait pas question de les mettre en pause, mais vous ĂȘtes nombreux Ă  ne pas avoir reçu les deux derniĂšres Ă©ditions – ni les vƓux qui allaient avec et que je vous renouvelle. En rĂ©alitĂ©, les 3 points ont toujours Ă©tĂ© envoyĂ©s en date et en heure, mais les derniers numĂ©ros sont arrivĂ©s dans les dossiers spam de plusieurs messageries.

J’ai compris le problĂšme : en dĂ©cembre, dans une tentative supplĂ©mentaire de « dĂ©-GAFAMisation » de mes outils informatiques, j’ai changĂ© l’expĂ©diteur de la newsletter pour indiquer une nouvelle adresse sur la messagerie sĂ©curisĂ©e et sans publicitĂ© ProtonMail. Il semble notamment que Gmail n’apprĂ©cie pas cette concurrence ! En reprĂ©sailles, les envois multiples en provenance de ce domaine ont Ă©tĂ© prĂ©ventivement mis de cĂŽtĂ©. Le temps de me plonger dans les rĂ©glages techniques avancĂ©s, j’en reviens momentanĂ©ment Ă  une adresse Google classique pour vous Ă©crire, mais j’en profite pour faire un peu de pub pour l’alternative plus respectueuse de vos donnĂ©es personnelles

La bonne nouvelle du dĂ©but d’annĂ©e, c’est que vous pouvez dĂ©sormais rattraper la lecture des 3 points sur ce blog valentin.earth que j’ai crĂ©Ă© pour garder en mĂ©moire mes lettres mensuelles. L’historique des trois derniĂšres annĂ©es n’a pas encore Ă©tĂ© republiĂ©, mais vous pouvez dĂ©jĂ  retrouver les trois sujets de janvier… en attendant la concrĂ©tisation d’autres projets !

UNE PÉTITION SÉNATORIALE

Fruit d’un semestre intense de conception et de dĂ©veloppement pour OSP, nous venons de lancer, non sans fiertĂ©, notre premiĂšre plateforme de pĂ©titions ! Depuis des annĂ©es, les pĂ©titions sont de trĂšs loin les civic-tech les plus largement adoptĂ©es Ă  travers le monde. Se distinguent dans cette catĂ©gorie des sites de mobilisation et de pression citoyennes comme Change, Avaaz ou WeSignIt avec leurs millions d’utilisateurs respectifs d’une part, et des portails directement mis en place par des institutions d’autre part (le meilleur exemple Ă©tant probablement petition.parliament.uk au Royaume-Uni).

Les premiÚres pétitions ouvertes aux signatures sur petitions.senat.fr

La Mairie de Barcelone a ajoutĂ© ce droit d’interpellation et d’initiative citoyenne Ă  Decidim, la plateforme de dĂ©mocratie participative de rĂ©fĂ©rence dont Open Source Politics est un partenaire officiel. La plateforme e-pĂ©titions du SĂ©nat qui a ouvert ses portes fin janvier marque la premiĂšre utilisation de ce module en France et Ă  l’Ă©chelle d’un Parlement de l’Union europĂ©enne. En l’occurrence, la plateforme permet de saisir le SĂ©nat d’une demande d’inscription Ă  l’ordre du jour d’un texte lĂ©gislatif ou de crĂ©ation d’une mission de contrĂŽle sĂ©natoriale. Plusieurs filtres sont imposĂ©s : un contrĂŽle de recevabilitĂ© a priori, l’obtention d’au moins 100 000 signatures en 6 mois, puis l’examen sur le fond de la ConfĂ©rence des PrĂ©sidents et des commissions compĂ©tentes. Il faut voir le verre Ă  moitiĂ© plein : c’est une opportunitĂ© inĂ©dite pour les citoyens de participer directement Ă  l’agenda lĂ©gislatif et aux missions de contrĂŽle du Gouvernement et des politiques publiques.

Deux Ă©cueils classiques des sites pĂ©titions en ligne viennent de la sĂ©curisation de la sĂ©quence de signature. Sur la plupart des plateformes, il suffit de renseigner une adresse email pour signer ; il n’est dĂšs lors pas compliquĂ© pour une mĂȘme personne de signer plusieurs fois avec diffĂ©rents comptes. D’autre part, ces sites fonctionnent en rĂ©cupĂ©rant et en exploitant les informations de votre compte et l’analyse de vos signatures prĂ©cĂ©dentes. La plateforme du SĂ©nat Ă©vite ces dĂ©fauts en ayant recours Ă  FranceConnect pour identifier les utilisateurs. Autrement dit, vous devez vous connecter avec l’un de vos identifiants uniques (le compte de vos impĂŽts par exemple) pour garantir que vous ĂȘtes bien une personne physique et que vous ne participez qu’une fois. Le systĂšme que nous avons dĂ©veloppĂ© permet mĂȘme de maintenir l’anonymat des signatures par rapport vis-Ă -vis SĂ©nat : seule une autorisation chiffrĂ©e est transmise par FranceConnect Ă  la plateforme Decidim. Rendez-vous sur petitions.senat.fr pour tester par vous-mĂȘmes !

UN PREMIER CHAPITRE

En ce matin frais de janvier, Tibourg se rĂ©veilla encerclĂ©e par une brume tenace. A l’image de sa paire de milliers d’habitants encore dĂ©boussolĂ©s, la paisible petite ville campagnarde Ă©tait empĂȘtrĂ©e dans un voile d’incertitude depuis la veille au soir et l’annonce surprise par le maire qu’il ne se reprĂ©senterait pas au prochain scrutin municipal. Deux mandats avaient installĂ© Albert ClĂ©ment en figure tutĂ©laire, apprĂ©ciĂ©e par le plus grand nombre et respectĂ©e par les autres. L’alliance de son tempĂ©rament de bon gestionnaire et de ses yeux rieurs validait ses qualitĂ©s pour le poste. Personne n’aurait songĂ© Ă  le remplacer et personne n’avait vu venir sa dĂ©cision. Tenant la main de sa femme qui s’apprĂȘtait Ă  fermer son gĂźte et Ă  prendre elle aussi sa retraite, celui qui avait Ă©tĂ© l’instituteur de centaines de gamins du coin avant de devenir leur Ă©dile lisait sa courte note d’une petite voix Ă©mue. Le couple dĂ©mĂ©nagerait dans la foulĂ©e de l’élection pour se rapprocher de la mĂ©tropole et des petits-enfants. Un choix de vie qui s’imposait aprĂšs d’innombrables soirĂ©es et fins de semaines sacrifiĂ©es Ă  la fonction. « Une dĂ©sertion Â», avait contrĂ© Paul Lefranc, l’Ă©ternel boucher de la rue de la RĂ©publique, en fidĂšle vexĂ©. Le mousseux fut rapidement avalĂ©, l’esprit convivial de la cĂ©rĂ©monie des vƓux s’en Ă©tait brusquement allĂ©. 

Sophie Dupuis Ă©mergea d’un sommeil troublĂ©. Un cauchemar avait hachĂ© sa nuit. Elle tombait dans le vide, poussĂ©e d’une falaise par une ombre insaisissable. Assise dans son lit et prise d’une soudaine sensation de nausĂ©e, elle tenta de rationaliser le vertige qui ne l’avait pas quittĂ©e depuis que la petite Clara lui avait sautĂ© au cou dĂšs la sortie de la salle des fĂȘtes : « Tu dois te prĂ©senter, il faut que ce soit toi ! Â» avait-elle criĂ©. Rapidement, la joyeuse troupe de l’épicerie coopĂ©rative s’était regroupĂ©e autour de sa gĂ©rante, pour mieux surenchĂ©rir. C’était Ă©vident, il n’y avait qu’elle. Sinon qui ? Le Conseil municipal sortant formait un bataillon d’anciens combattants sans envergure ni Ă©nergie dont Albert ClĂ©ment Ă©tait le seul ciment ; l’opposition n’Ă©tait composĂ©e que de chasseurs rustres et de retraitĂ©s bourrus. Le changement de gĂ©nĂ©ration s’imposait. Le choix d’une femme pour la premiĂšre fois serait un marqueur supplĂ©mentaire de la nouvelle Ăšre qui attendait Tibourg. MĂȘme Tristan s’y Ă©tait mis, dans une envolĂ©e passionnĂ©e sur la nĂ©cessaire transition des territoires ruraux et l’adaptation des modes de vie Ă  l’urgence Ă©cologique. Sophie constata que son insouciant compagnon, sans doute Ă©puisĂ© par tant de conviction, n’avait aucun mal Ă  dormir, lui. Elle se leva, les jambes encore chancelantes, et se dirigea hĂ©sitante vers un rĂ©confortant thĂ© au miel. Le plus dĂ©rangeant Ă©tait cette sensation que la dĂ©cision ne lui appartenait pas, Ă  elle qui Ă©tait pourtant la premiĂšre intĂ©ressĂ©e. 

Sophie devait se donner le temps de rĂ©flĂ©chir. Elle avait posĂ© devant elle un carnet, un stylo, une grosse tranche de pain grillĂ©e et copieusement beurrĂ©e. Quand elle avait acceptĂ© de prendre les rĂȘnes de l’épicerie du village, poser les choses Ă  plat s’était rĂ©vĂ©lĂ© salutaire. On ne pouvait pas prĂ©tendre rivaliser avec le supermarchĂ© le plus rentable de la rĂ©gion et les mĂ©thodes de la grande distribution sans avoir un plan solide. Cette fois-ci pourtant, ses yeux engluĂ©s de fatigue restaient perdus dans le vague, irrĂ©sistiblement happĂ©s par le brouillard laiteux qui masquait tout ce qui se trouvait au-delĂ  de la fenĂȘtre. Sophie faisait des boucles avec une mĂšche de ses cheveux sauvages, comme souvent lorsqu’elle cherchait Ă  se concentrer. Elle rĂ©alisa tout simplement qu’elle n’avait jamais Ă©prouvĂ© d’intĂ©rĂȘt pour la vie politique. Elle avait toujours votĂ© bien entendu, comme on s’acquitte d’un devoir qui va de soi. Toujours bien Ă  gauche au premier tour, par tradition familiale. Ou blanc, plus rĂ©cemment. Elle avait dĂ©crochĂ© des dĂ©bats tĂ©lĂ©visĂ©s depuis plusieurs annĂ©es. Le triste spectacle de ces Ă©missions polĂ©miques avait achevĂ© de la convaincre qu’aucune personne au pouvoir ne restait trĂšs longtemps sincĂšre. La chose Ă©tait entendue : il n’était pas question qu’elle se compromette Ă  son tour. La sonnerie du rĂ©veil la libĂ©ra de sa torpeur et elle ne pensa plus qu’à la journĂ©e de travail qui l’attendait. 

Trois ans aprĂšs sa crĂ©ation, l’épicerie des Champs de Tibourg Ă©tait une machine bien huilĂ©e. Une vingtaine d’exploitations des alentours s’étaient fĂ©dĂ©rĂ©es en coopĂ©rative et fournissaient rĂ©guliĂšrement des produits de rĂ©gion et de saison. De la mairie Ă  l’Europe, toutes les subventions avaient Ă©tĂ© obtenues pour lancer l’activitĂ©. SituĂ©e sur la place centrale, l’épicerie bĂ©nĂ©ficiait depuis ses dĂ©buts d’un bon bouche-Ă -oreille, et les clients affluaient dĂ©sormais. Le dĂ©part du maire Ă©tait au cƓur de toutes les discussions du jour. Ne se satisfaisant pas de la succession de lamentations inquiĂštes sur l’avenir de Tibourg, Sophie rĂ©torquait Ă  chaque nouvel arrivant : « Et vous, que feriez-vous pour la ville ? Â». En fin de journĂ©e, le corps vidĂ©, mais l’esprit dĂ©bordĂ© par un torrent d’idĂ©es originales, Sophie demanda Ă  Tristan de confirmer ses propos de la veille. Un tendre sourire se dessina sur sa tĂȘte alors qu’il opinait. « Mais si j’accepte, par oĂč commencer ? Â» 

A suivre au prochain Ă©pisode…

UN PLAN VÉLO

Il Ă©tait Ă©tonnant de circuler dans Paris ville dĂ©serte le jeudi 5 dĂ©cembre – tous ceux qui n’Ă©taient pas en grĂšve s’Ă©taient prĂ©parĂ©s depuis des semaines Ă  rester chez eux. Ensuite, se dĂ©placer devint plus contraignant. La grĂšve des transports publics dans le cadre de la mobilisation contre la rĂ©forme des retraites aura marquĂ© le mois de dĂ©cembre 2019. C’est d’ores et dĂ©jĂ  pour la SNCF la plus longue grĂšve continue depuis 1986 ! Paradoxalement, c’est lorsqu’ils sont fermĂ©s que l’on remarque le plus l’utilitĂ© fondamentale des bus, mĂ©tros et RER : en temps normal, ils maintiennent au garage ces dizaines de vĂ©hicules individuels qui ont pris nos rues en otage depuis un mois !

Cette paralysie a Ă©videmment Ă©tĂ© une Ă©norme source de galĂšre et de fatigue pour des millions d’usagers. En revanche, ceux qui ont la chance de vivre et travailler intra-muros ont pu adopter dĂ©finitivement le vĂ©lo comme moyen de transport principal dans la capitale. Ces dĂ©placements impliquaient de slalomer entre la tension des embouteillages et les gouttes de pluie froide, mais avec un petit peu de recul le constat est sans appel : c’est chouette de se dĂ©placer Ă  vĂ©lo dans Paris. Les distances rĂ©elles sont rĂ©duites ; les trajets ne sont donc pas excessivement longs.

Alors que Paris Ă©tait, il y a encore quelques annĂ©es, en retard sur Amsterdam, Copenhague ou Berlin, des kilomĂštres de pistes cyclables ont Ă©tĂ© amĂ©nagĂ©s. Certaines sont de confortables voies rapides Ă  double sens, comme la remontĂ©e du boulevard SĂ©bastopol ou la rue de Rivoli. Il reste en revanche des coins trop dangereux, surtout aux heures oĂč la circulation devient chaotique. Les gros problĂšmes dont j’ai fait l’expĂ©rience se trouvent lors des jonctions d’une piste Ă  l’autre. De rĂ©elles coupures de plusieurs dizaines de mĂštres insĂ©curisent piĂ©tons, cyclistes, trotineurs et automobilistes. D’oĂč l’idĂ©e de dĂ©velopper un vĂ©ritable plan de circulation Ă  vĂ©lo, avec des trajets longs intĂ©gralement pensĂ©es pour les deux roues. Les associations Paris en Selle et Mieux se dĂ©placer Ă  bicyclette ont donc dessinĂ© une nouvelle carte des dĂ©placements sur les grands axes de ce rĂ©seau vĂ©lopolitain. A suivre en 2020 dans le cadre de leur programme « Votez VĂ©lo » !

HĂ©lĂšne Ă©tait prĂ©sente le 12 dĂ©cembre Ă  l’inauguration de la ligne V1 devant l’HĂŽtel de Ville !

UN BILAN PLASTIQUE

Ma rĂ©solution de janvier 2019 Ă©tait de ne pas consommer de plastique jetable au moins un jour sur deux. Dans les faits, j’ai arrĂȘtĂ© ce dĂ©compte peu pratique au bout de quelques semaines Ă  peine… La rĂ©solution s’est transformĂ©e au fil de l’annĂ©e : autant que possible, ne pas (r)acheter les produits avec du suremballage, refuser les sacs, pailles et couverts jetables inutiles, acheter des produits en vrac avec nos propres contenants, adopter un lombri-composteur dans notre cuisine… Nous n’attendrons pas 2040 pour changer nos habitudes consumĂ©ristes.

D’ailleurs, tout le monde s’y met dĂ©jĂ  : plus de 50 % des Français dĂ©clarent avoir dĂ©jĂ  achetĂ© en vrac. Certaines zones ont sans doute l’avantage de bĂ©nĂ©ficier d’une offre plus visible et plus accessible que d’autres, mais j’ai pu constater avec les fĂȘtes que des rayons dĂ©diĂ©s commencent aussi Ă  apparaĂźtre en zones rurales dans les supermarchĂ©s des grandes enseignes. Il reste du chemin Ă  parcourir avant d’atteindre le zĂ©ro dĂ©chet, mais nous progressons dans la bonne direction. Cet automne dans le 19e arrondissement, qui sert de pilote Ă  l’expĂ©rimentation, tous les habitants ont reçu de la mairie une petite poubelle domestique pour trier les dĂ©chets compostables et des poubelles collectives marron ont Ă©tĂ© installĂ©es dans les cours d’immeuble. 

AprĂšs la suppression de nos innombrables emails et la rĂ©duction du plastique, quelle bonne rĂ©solution adopter pour 2020 dans la lignĂ©e des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes ? Un domaine sur lequel nous conservons facilement un contrĂŽle est en croissance Ă©nergĂ©tique exponentielle : le streaming vidĂ©o. A eux seuls, Netflix et Youtube reprĂ©sentent plus du quart de la bande-passante mondiale, alors qu’Amazon Prime Video grignote rapidement son retard. Le cas Ă©chĂ©ant, il est prĂ©fĂ©rable de tĂ©lĂ©charger des fichiers vidĂ©os, de ne pas utiliser Youtube pour Ă©couter de la musique en fond sonore et de trouver un podcast audio sur le mĂȘme sujet si le documentaire que vous suivez est passionnant. Bonne annĂ©e !