Revivrons-nous un jour le climat de l’été de nos 6 ans ? Non, jamais. À cette époque de l’année où l’on souhaite tout mettre en pause pour adopter un autre rythme sous la caresse d’un doux soleil, il nous faut replonger la plume dans la plaie encore douloureuse et raconter la brûlure laissée dans nos cœurs et nos forêts par les feux extrêmes de juillet. Après les canicules endurées en juin, il semble important de conserver une trace de la bascule supplémentaire que nous venons de vivre. Les conséquences implacables du réchauffement de la planète sont désormais concrètes, brutales, et elles touchent tout le monde.
M’est revenu en tête un schéma d’il y a quelques années, plus symbolique que scientifique, parlant de l’apparition d’une cinquième saison : le sur-été. L’hiver est plus doux, le printemps commence plus tôt, les chaleurs estivales débutent dès mai, et atteignent désormais une intensité supérieure en juin, juillet et août. Un quart des cours d’eau de notre pays sont à sec, la quasi-totalité des départements sont en crise sécheresse, de nombreuses récoltes agricoles sont perdues et manqueront dans les mois à venir, le thermomètre a tutoyé plusieurs fois les 40°C dans la plupart des régions de France métropolitaine. Il faut comprendre ces indicateurs comme un sursis : ce sera bientôt 50°C dans le sud de l’Europe. Chaque année. Une rude épreuve cyclique pour nature et infrastructures. Tout cela était prévu, documenté depuis des années par les climatologues ; s’il y a un élément de surprise, c’est que les phénomènes s’emballent si rapidement sur notre continent.
Après un instant de sidération, nos sociétés sont encore capables de réagir opérationnellement, grâce aux élans de solidarité et à l’héroïsme des pompiers. Pourtant, c’est l’image de notre vulnérabilité collective qui ressort des témoignages de celles et ceux qui ont vécu le terrain. Les dix jours de lutte contre les incendies de la région bordelaise, marqués par l’apparition des fameux pyrocumulonimbus qui imposent leurs propres règles météorologiques, ont emporté une part de nos certitudes en plus des 42 000 hectares de pinède et des centaines d’habitations évacuées : nous sommes sûrs que ces situations extrêmes vont se reproduire, mais il sera difficile de trouver des lieux sûrs pour y échapper. Survivre au sur-été sera la nouvelle condition de notre humanité en marche vers l’inhabitabilité du territoire et l’extinction du vivant, condamnée à observer la fin d’un monde depuis les transats où s’écrivaient autrefois les souvenirs de nos grandes vacances.
