La confusion inédite que j’éprouve à quelques mois du prochain scrutin présidentiel ne tient pas tant au nombre élevé de candidatures qu’à la difficulté de comprendre, relier et résoudre de manière globale et cohérente les défis massifs qui s’accumulent et se complexifient chaque jour pour notre pays. Malheureusement, à l’heure des campagnes conçues pour parler en format court à des segments de l’électorat et attaquer les candidatures voisines avec lesquelles les frontières sont les plus poreuses, nous risquons de faire l’impasse sur le débat des cruciales orientations climatiques, géopolitiques, financières et sociales de long terme qu’il nous faut prendre.
L’électorat paraît toujours réparti en cinq principaux blocs, assez stables et similaires à la configuration de 2017, si ce n’est que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon partent de socles plus élevés pour leur quatrième campagne consécutive et que le centre penche nettement plus à droite après dix ans de macronisme. La domination du RN peut s’éroder, mais son avance est telle qu’il faudrait un effondrement total pour que sa candidate ne rejoigne pas, pour la troisième fois d’affilée, le second tour. Dès lors, tout le monde a compris la double question tactique qui guidera de nombreux choix : qui peut se qualifier au second tour et qui a une chance de le remporter face au RN ? À chacune et chacun de trouver sa réponse d’ici le printemps prochain, mais d’élection en élection, le vote utile devient de plus en plus délétère et démobilisateur…
Au cours des dix dernières années, et encore plus depuis la dissolution de 2024, les forces politiques, notamment à gauche, auront été incapables d’empêcher la montée en puissance de l’extrême droite et de se réunir durablement pour combattre la menace ensemble. Comme en 2022 avec la primaire populaire, il n’y a que les initiatives de la société civile qui peuvent dépasser ces logiques partisanes. En plus du travail programmatique mené par le Shift Project grâce à son financement participatif record, Jean-Marc Jancovici est à l’initiative d’une nouvelle assemblée citoyenne à suivre à partir de ce mois de septembre. 150 personnes représentatives ont été tirées au sort et vont se confronter aux grands dilemmes de notre époque pour tenter d’en tirer un commun accord.