Nous sommes submergés d’informations du lever au coucher. On les écoute, on les voit, on les lit, on les enregistre, on les partage… et très rapidement on les oublie pour passer à autre chose. Quoi de plus normal quand on sait que l’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait en deux millions d’années. Communiquer moins, mais transmettre l’essentiel. Voilà l’objectif de cette lettre mensuelle, qui ne contiendra que trois informations que je veux retenir et partager avec vous. Il pourra s’agir d’une photo, d’un article, d’une invitation, d’une analyse, d’une émotion, d’une question, d’un jeu, d’un livre, d’un portrait, d’un voyage… Nous verrons bien ! J’espère que ce format vous plaira. Sinon tant pis, on fera autre chose :p
« Une lettre » postée le 3 septembre 2016. Le premier des 3 points, il y a très exactement dix ans, avec son emoji d’un autre temps. C’est depuis le départ un projet à durée indéterminée, mais j’aurais douté de ma capacité à tenir la cadence sur une décennie ! J’ai connu mon lot d’échecs de sauvegarde entraînant de frustrantes réécritures à la hâte, de galères d’édition sur téléphone lors de weekends en faible connexion, de sueurs froides devant les trois cases vides ou l’agenda trop rempli à quelques heures de l’envoi, mais la missive a toujours été émise depuis 120 mois.
Il y a un paradoxe dans la formule. J’adresse ces lettres mensuelles à une audience confidentielle, qui ponctuellement se manifeste et me surprend, mais sans doute les écris-je aussi beaucoup pour moi-même. Même lorsque je rédige dans un temps très limité, ce rendez-vous reste pour moi une libération : je pose quelque part ce qui me plait ou me pèse, ce que je ne veux pas perdre ni oublier. Pourtant, si vous n’étiez pas là, je ne pourrais m’astreindre aussi longtemps à cette autodiscipline et ces quelques nuits écourtées.
Le Brexit fut le déclencheur de cette newsletter. Désabusé par une décennie de militantisme politique traditionnel, je voyais dans ce séisme un point de bascule historique. J’avais publié dans la foulée, le 30 juin 2016, un brouillon pour refonder l’Europe par le tirage au sort d’une assemblée citoyenne. Les brouillons qui n’aboutissent pas, j’en ai toujours eu des dizaines en tête. Le bootcamp au Wagon que j’avais suivi un an plus tôt m’avait appris la première loi de l’entrepreneuriat : les bonnes idées sont légion, la différence vient de l’exécution. Alors je remisais mes projets littéraires pour engager toute mon énergie dans OSP et de nombreux projets citoyens numériques. Il me fallait conserver en parallèle un format court et régulier pour cultiver ce que j’avais testé avec les « Refounding Children » au lendemain du Brexit. Les 3 points sont parus à la rentrée suivante.
Les 360 points accumulés depuis lors sont autant de degrés d’une troublante révolution qui ne me fait pas revenir inchangé au même point du cercle. Si j’ai quitté la catégorie administrative de la jeunesse en position privilégiée et entouré d’une famille agrandie et heureuse, nous avons simultanément tous dévié de la trajectoire des futurs souhaitables. L’urgence écologique et l’anxiété associée, l’expérience révélatrice du Covid, la polarisation politique durable, la recrudescence des guerres et des inégalités m’ont lesté d’une gravité supplémentaire dont je ne peux aisément me défaire. Tutoyant désormais la quarantaine fatidique, fatigué comme tant d’autres par le tunnel de la parentalité et des responsabilités dans une époque qui ne nous ménage pas, j’ai ressenti le besoin d’ouvrir un nouveau cycle décennal.
J’ai lancé il y a un an un nouveau projet autour de la newsletter Anticipaction. Je savais que le rythme de publication allait être intenable, mais j’avais besoin, avant d’entamer le marathon de l’an dernier, de poser un premier jalon pour l’à venir dans un format qui restera clairement distinct des 3 points. Ces derniers mois, j’ai commencé à retrouver la curiosité d’explorer d’autres outils et disciplines. Ces lignes continueront de dessiner la cartographie partagée des nouveaux chemins qu’il me reste à arpenter. Que votre lecture soit assidue ou non, que vous partagiez le fond de ce que j’écris ou non, je vous remercie de continuer à recevoir ces 3 points après toutes ces années ! Cela compte beaucoup, et je veillerai à être toujours fidèle au rendez-vous.