Avec une seule nuit d’essai au compteur mais plein d’ardeur, nous avons embarqué pour deux semaines de camping en Irlande dans notre tente de toit ! Nous avons vite compris qu’avec trois jeunes compagnons de route, les heures d’installation et désinstallation quotidiennes, un réseau clairsemé de bornes de recharge électrique et une météo rafraichissante, notre rythme devait s’adapter. Impossible de tout faire et tout voir du premier coup, nous avons appris à nous satisfaire de ce qui était accessible.

Sitôt arrivés à Cork, notre étape d’acclimatation nous a conduits dans le sud-ouest, sur les premières destinations de la sinueuse et majestueuse Wild Atlantic Way. La chaleureuse Kinsale, le cromlech de Drombeg envahi par la brume, la baie de Glengarriff et les phoques de sa réserve naturelle. Il fallait faire des compromis avec les nuages sombres des heures pluvieuses et les arrêts sur les aires de jeux plus joyeuses. Nous ne ferons qu’un bout du célèbre Ring of Kerry, mais profiterons plus longtemps de la plage de Derrynane. Nous n’irons pas jusqu’à la touristique péninsule de Dingle, mais découvrirons celle moins visitée de Beara. Nous ne verrons pas les impressionnantes falaises de Moher, mais observerons depuis d’autres promontoires la mer nous irradier de son étonnante lumière.

Le calendrier nous a écartés de la boucle traditionnelle, puisque nous avions rendez-vous avec la famille de mon très accueillant cousin Jean-Sébastien installé à Dublin. Notre route a tracé directement vers l’est, au départ du parc national de Killarney et en passant par le parc à thème jurassique de l’agréable Kilkenny, le très beau site monastique de Glendalough et le grand toboggan au milieu des arbres d’Avondale. De la capitale, comme plus tard de la musicale Galway et la culinaire Cork, nous n’aurons que de rapides aperçus très arrosés, mais peu importe : ce sont les paysages verdoyants plus que les cités festives qui nous ont attirés sur l’île celtique.

Nous avons trouvé un petit coin de paradis dans le mythique décor du Connemara. Il était difficile de quitter Clifden après trois journées passées à sillonner la Bog Road à vélo et la Sky Road au coucher du soleil. Il a fallu un essaim de midges, minuscules insectes dont les assauts incessants nous démangèrent au point d’écourter notre randonnée, pour nous rappeler que la terre brûlée au vent des landes de pierre pouvait être un enfer pour les vivants. Dans ce spectaculaire comté qui inspira Tolkien lorsqu’il était professeur en visite à l’Université de Galway, nous avons trouvé le bon rythme pour toute la famille et grandement apprécié nos vacances.
