Existerait-il différentes formes d’optimisme ? Par exemple, un positivisme en lequel il est facile de croire quand tout nous réussit, à l’opposé d’un combatif auquel on s’accroche quand le terrain est plus difficile ? Si tel est le cas, je dois être en train de passer de l’un à l’autre, ou d’ajouter le second pour combler l’essoufflement du premier. Je ne crois pas que ce soit une question d’âge, mais assez communément un rapport au monde qui change. Toujours est-il que dans la transition entre les deux, qui s’étend probablement depuis quelques années déjà, ma conversation et mes écrits se sont sensiblement appesantis. Je suis rarement déprimé moi-même, mais plus souvent déprimant pour les autres. Certains me l’ont dit, et je le ressens aussi.
J’ai longtemps été très spontanément optimiste. Du genre rationnel, à penser qu’il faut regarder le verre à moitié plein, que rien n’est impossible, que nous allons continuer à progresser dans la bonne direction, et que les choses finissent toujours par s’arranger après le franchissement de quelques obstacles. C’est un tempérament très utile pour s’engager en confiance dans la vie, débuter un projet ou entreprendre un voyage. J’ai la chance d’avoir toujours cela en moi. Un petit moteur analytique et créatif qui se déclenche devant la pression d’un problème à résoudre ou la promesse d’une nouvelle page blanche. Tout va bien se passer.
La réalité, cependant, résiste de plus en plus à l’optimisme trop naïf. En application de la même rationalité, je ne peux que constater que le verre tend à se vider, que des limites physiques bornent le champ des possibles et se rapprochent, qu’à bien des égards nous ne progressons pas dans la bonne direction, et que nous n’avons ni la garantie de franchir les obstacles ni que les conditions seront meilleures après. Le verbaliser ou le coucher par écrit est ma manière d’apprivoiser la difficulté, de la mettre à distance avec parfois un peu de cynisme ou de dérision. Oui les problèmes sont rudes, et nous n’avons pas de prise directe sur la plupart d’entre eux, mais puisqu’ils sont là… il doit y avoir un moyen d’arranger les choses, non ? Et la même dialectique reprend.
À douze ou vingt-quatre mois, l’exercice n’est pas évident et je m’y embourbe trop fréquemment dans ces lignes. Pourtant, les mouvements de balancier se succèdent, les sociétés sont assez robustes pour se relever des pires catastrophes et les tyrans finissent par être renversés par la rue ou dans les urnes comme l’ont encore montré Américains, Brésiliens et Serbes ces dernières semaines. Par conséquent, si nous travaillons et ordonnons les mille nouvelles idées qui foisonnent, pourquoi n’arriverions-nous pas à changer le cours des choses sur dix ans ? L’optimisme des personnes engagées est le plus contagieux, je veux que le mien le redevienne.