Au lancement d’OSP, nous nous retrouvions tous les six mois entre cofondateurs pour nous demander si les conditions étaient remplies pour rempiler un semestre de plus. Olivier était confiant et nous avait dit lors d’une de ces réunions qu’OSP avait le potentiel de durer une décennie. Je n’avais pas 30 ans et cet horizon me paraissait impensable ; c’était l’équivalent du temps écoulé depuis mon baccalauréat – un temps durant lequel j’avais fait un master, une année d’échange en Chine, deux stages, un tour d’Europe, trois ans et une campagne municipale à Aubervilliers, quelques mois au Sénat et de lointains voyages… Comment rester dix ans à faire la même chose ?!

Je sous-estimais l’épanouissement que l’on peut trouver dans l’aventure entrepreneuriale, et sans doute aussi la part de sacrifices à faire en retour. En dix ans, nous avons connu de grands succès et plusieurs échecs, des arrivées et des départs, des années d’hyper croissance et des budgets en forte baisse, beaucoup de reconnaissance et quelques frustrations. Nous avons pu travailler à toutes les échelles, pour des projets qui améliorent le quotidien de communautés locales autant que pour des coopérations et innovations continentales. Nous avons eu la chance de trouver du sens au quotidien dans notre travail et, sans nous illusionner sur l’impact réel de certaines démarches de nos clients, de contribuer à des transitions positives et nécessaires pour continuer à habiter sur cette planète. Le temps de faire une rétrospective exhaustive n’est pas encore venu, mais c’est bien un nouveau chapitre décisif qui s’ouvre avec l’acquisition d’OSP par Go Vocal. 

L’idée de transmettre OSP a lentement mûri depuis deux ans. Au sortir de ma formation à l’ESSEC début 2024, l’objectif était de diversifier les activités d’OSP pour compenser le ralentissement des projets de participation citoyenne numérique en France et d’engager une transmission progressive de l’entreprise aux salariés au sein d’une SCOP. Les contraintes économiques des dernières années n’ont pas rendu ces options viables. Au printemps dernier, avec en tête ce jalon symbolique d’une décennie depuis notre fondation, je suis arrivé à la conclusion qu’il fallait trouver un repreneur pour OSP – et idéalement le choisir parmi les meilleurs acteurs du secteur, ce que nous avons réussi à faire. On dit souvent que le danger pour un entrepreneur n’est pas le manque d’argent ou de succès, mais la perte de l’envie, l’érosion de la confiance et l’extinction de la flamme qui justifient les efforts. J’ai réalisé il y a un an que j’avais atteint ce stade et que je devenais malheureux de renoncer à d’autres aspirations. 

Partant de ce constat, comment faire ? Ma grande chance fut de pouvoir me tourner vers deux amis de vingt ans dotés des compétences dont j’avais besoin pour réaliser une transaction dont j’ignorais tous les ressorts : Thibaut le conseiller financier pour l’expérience en M&A (fusions-acquisitions) et Arnaud l’avocat pour la négociation du contrat. Par-delà tous les remerciements que je dois adresser – à Hélène et nos familles pour le soutien sans faille, à mes associés Alain, Victor et Virgile pour la confiance, aux équipes d’OSP et IndieHosters qui ont tenu le coup dans l’incertitude, à Wietse, Aline, Koen et aux équipes de Go Vocal pour l’accueil, l’ambition et les valeurs partagées au-delà de ce que je pouvais espérer – c’est bien grâce au travail acharné d’Arnaud et Thibaut à mes côtés que nous avons réussi à atteindre l’accord qui nous convenait dans une temporalité dont ils doutaient eux-mêmes. Je l’écris une nouvelle fois ici pour le relire dans des années : un grand merci les amis !

L’histoire n’est pas finie : de nouveaux défis m’attendent pour continuer de « réinventer la démocratie » , avant d’anticiper d’autres actions.