La tendance des dernières années se confirme : à chaque bilan saisonnier, le nombre de films, séries, livres et bandes dessinées vus et lus diminue. Le temps libre est une denrée rare, sans doute pour quelques années encore. De deux séances par mois au cinéma avant la parentalité, nous sommes passés à un film tous les deux mois et à la maison pour la majorité. Bien sûr, la qualité importe plus que la quantité. Quand les opportunités sont ainsi limitées, on s’intéresse – souvent avec retard – à ce qui a été le plus largement apprécié. 

À l’écran, nous sommes d’abord passés au rattrapage avec trois bons films français de l’année précédente : Emilia Pérez de Jacques Audiard, En fanfare d’Emmanuel Courcol et, s’il ne devait en rester qu’un, L’Histoire de Souleymane de Boris Lojkine. Puis deux trimestres de désert visuel – hors l’overdose infantile de Peppa Pig et Pat’ Patrouille – jusqu’à l’opportunité de voir le mémorable Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, qui ressort en tête de nombreux palmarès de fin d’année. Enfin, le superbe Arco,film d’animation arc-en-ciel signé Ugo Bienvenu qui attend d’être placé dans mon imaginarium. J’ai déjà parlé de l’impact profond d’Adolescence au printemps dernier ; notre seule autre série visionnée durant l’année écoulée fut un autre plébiscite. La seconde saison d’Andor est une véritable leçon de rébellion conçue par Tony Gilroy pour contrer l’Empire sous toutes ses formes, lointaines comme actuelles.  

Cette histoire d’espoir ne nous aurait pas été contée sans l’acharnement initial de George Lucas, mis à l’honneur dans Les Guerres de Lucas, une formidable BD de 2023 (pour le premier épisode) qui raconte les coulisses infernales du tournage. Le fan qui est en moi a été aussi inspiré que touché. Je viens de refermer l’autre album qui m’a le plus transporté ces derniers mois : Ulysse & Cyrano (2024). Encore un chef d’œuvre pour le scénariste Xavier Dorrison associé cette fois-ci à Stéphane Servain et Antoine Cristau pour narrer l’irrésistible rencontre, dans l’après-guerre, entre un lycéen privilégié écrasé par l’héritage familial et un grand cuisinier aussi bourru que passionné. 

Les artistes tricolores sont des magiciens, que La Route empruntée se dessine en ombres sombres comme chez Manu Larcenet ou en couleurs flamboyantes comme chez Mathieu Bablet, qui poursuit dans l’excellence son anticipation singulière avec Silent Jenny. Cet art français du contraste conquiert le monde. Je n’ai plus touché une manette depuis des années, mais j’ai été réjoui mi-décembre par le succès magnifique de Clair Obscur : Expedition 33, ce jeu vidéo mature développé par un jeune studio indépendant montpelliérain qui a remporté un nombre record de récompenses internationales et dont la bande-son orchestrale a fait baisser les armes et verser des larmes aux gamers.

En dehors de temps supplémentaire, qu’ai-je vraiment manqué ? Vos fines sélections sont les bienvenues !