Donald Trump n’a pas tardé à poser sa terrifiante empreinte sur l’année 2026. Alors que j’étais à l’ouvrage sur les précédents 3 points, le président américain a déclenché la spectaculaire opération d’arrestation de Nicolas Maduro et de prise de contrôle des réserves pétrolières vénézuéliennes – les premières au monde. Pour tenter de doubler ses gains en profitant de l’effet de surprise, Trump a renouvelé ses velléités de mettre la main sur les ressources du Groenland. Le carbofascisme avance ainsi à pleine vitesse, sondant les failles de nos défenses et de nos consciences comme s’il s’agissait d’un nouveau gisement à percer précisément là où l’on y oppose le moins de résistance.
La souveraineté d’un peuple n’est ni à vendre ni à voler. Même si l’hypothèse d’un nouvel expansionnisme hexagonal a pu inspirer un hilarant sketch à François Morel, la rhétorique déployée en faveur d’un deal pour acquérir ou envahir le Groenland marque une rupture inacceptable. Nous venons d’assister pour la première fois depuis la ratification du Traité de l’Atlantique nord en 1949 à la menace d’un État membre (et pas n’importe lequel) sur un autre, et au déploiement de soldats alliés pour réfréner ce délirant désir impérialiste.
Le cas du Groenland est particulièrement intéressant car il questionne la responsabilité historique des colonialismes européens et le rapport au monde des États-Unis depuis l’affirmation de la Doctrine Monroe. La « terre verte » découverte par le viking Erik le Rouge en 982 n’a longtemps été peuplée que par les Inuits. Elle a été colonisée par le royaume de Norvège et du Danemark au XVIIIe siècle, puis cédée avec l’Islande au seul Danemark par le traité de Kiel en 1814. Alors que les États-Unis avaient déjà formulé deux offres d’achat en 1867 et 1946, la couronne danoise a toujours refusé de céder l’île qui représente 98 % de la superficie du royaume. Le Groenland est certes devenu de plus en plus autonome depuis 1953, mais il n’a pas déclaré son indépendance – ce que la voisine islandaise Björk recommande aux 57 000 habitants de l’île.
Ce début d’année tonitruant a fini de déciller les regards européens sur l’appétit ogresque des grandes puissances de plus en plus ouvertement belliqueuses. Bien qu’affaiblie par le pouvoir de blocage interne acquis par les dirigeants illibéraux qui veulent la démanteler, l’Union européenne comprend qu’elle doit résister. Le cri de ralliement commence à se faire entendre dans de nombreux secteurs : j’ai participé fin janvier au Political Tech Summit à Berlin et toutes les conversations tournaient autour de l’autonomisation stratégique et numérique. L’investissement dans les conditions de la souveraineté – un terme à reconquérir d’urgence à l’extrême droite – se matérialise très concrètement. Un exemple proche de mon activité : tous les agents de l’État doivent désormais abandonner les outils de Google, Microsoft ou Zoom pour leurs visioconférences et utiliser l’outil Visio développé par la Direction interministérielle du numérique (DINUM). Cette application est également disponible pour toutes les organisations non-étatiques dans LaSuite.coop qu’Open Source Politics porte depuis l’an dernier avec plusieurs partenaires.
