Cette année, nos vacances sont fractionnées. La première tranche nous a conduits au Pays basque pour un beau mariage. J’étais l’un des témoins d’un grand ami d’étude et de voyage, qui a manqué son recrutement au Bureau des Légendes à quelques jours de la noce – une belle aventure de plus. Sur place, les invités ont eu la chance d’être initiés à la pelote basque, appellation qui regroupe en réalité une série de disciplines dérivées du jeu de paume : un fronton, une balle adaptée et des jeux à mains nues, avec des raquettes en bois appelées pala ou avec la fameuse chistera recourbée qui peut projeter la balle au-delà de 300 km/h ! 

Pour adoucir le trajet et économiser la batterie électrique, nous avons évité autoroutes et péages. De ville en village, de département en région, l’architecture évolue à mesure que l’on descend la façade atlantique. Après les champs de tournesol, la pierre se dore autour des vignes du Bordelais, avant les longues lignes droites traversant les Landes et débouchent sur les maisons blanches aux volets rouges ou verts annonçant l’approche de Bayonne. S’éloigner des routes les plus chargées de vacanciers permet également de découvrir des communes aux noms surprenants, comme Montendre, Tout-y-faut, Les quatre chemins de l’oie ou Dœuil-sur-le-Mignon en Charente-Maritime. C’est justement dans ce département, à mi-parcours, que nous avons fait étape à Saintes. Peuplée par les celtes, la ville de Mediolanum Santonum devint la première capitale de la Gaule aquitaine sous le règne d’Auguste. L’Histoire a légué aux visiteurs les ruines d’impressionnantes arènes. 

Deux audiolivres ont cheminé avec vous, selon cet usage désormais coutumier d’accompagner nos longs trajets de grands récits. J’en tire deux recommandations, qui ont en commun d’émaner de fort belles plumes. Madelaine avant l’aube, tout d’abord, Prix Goncourt des lycéens l’an dernier. Sandrine Collette y narre le destin d’un village intemporel frappé par des températures rigoureuses qui rapidement se traduisent en mortelle famine pour une galerie de personnages résignés. Jusqu’au jour où tous sont bousculés par l’arrivée mystérieuse d’une fillette sauvage et révoltée contre l’ordre des choses subies. Cabane, ensuite, d’Abel Quentin. S’inspirant du célèbre rapport Meadows (Les Limites à la croissance) qui démontrait dès 1972 la trajectoire insoutenable de la croissance économique et démographique dans un monde aux ressources écologiques finies, Abel Quentin déplace le groupe sur la côte ouest, dans l’effervescente Berkeley des années 1970, et invente, aux côtés des époux américains militants, deux co-auteurs aux trajectoires opposées : un français qui, face à la faible considération des élites pour les données de leur « rapport 21 », privilégie son succès matériel et un norvégien surdoué qui se coupe du monde et se radicalise dans la folie. Derrière la fiction sont magistralement restituées les confrontations entre des arguments qui sont ressassés en boucle depuis un demi-siècle et nous propulsent à bon rythme vers l’effondrement modélisé par la dynamique des systèmes.