Certains mois, la tentation de faire l’autruche l’emporte et je trouve des sujets de diversion pour guider ma plume passive. Difficile de détourner le regard ce mois-ci. Février ne compte que vingt-huit jours, mais ses semaines d’humidité ont duré une éternité. Notre Hexagone n’avait pas connu pareille séquence pluvieuse depuis… le début des relevés en 1959 ! Le niveau des cours d’eau baisse enfin, mais dans et autour de Rennes, où des crues avaient déjà eu lieu l’an passé à pareille époque, l’on peut désormais craindre une reproduction saisonnière de ces inondations. 

Un autre cycle, tout aussi lourd et récurrent, a chassé la pluie de nos têtes : celui de la violence. Le meurtre d’un militant d’extrême droite nationaliste à Lyon lors d’un affrontement avec un groupuscule antifasciste nous rappelle avec effroi que rien de positif ne s’obtient ni ne se défend par de tels actes, d’où qu’ils proviennent – et en l’occurrence, nous comprenons au passage que la violence d’extrême droite a fait dix fois plus de victimes en quarante ans que celle d’extrême gauche.

Lever les yeux au-delà de la ligne de nos frontières nous condamne à assister incrédules à toujours plus d’échanges de missiles. Nous avions déjà sur le cœur le génocide à Gaza et les 500 000 morts de la guerre d’agression de la Russie sur le sol ukrainien depuis quatre interminables années. S’y ajoutent ces jours-ci l’escalade entre l’Afghanistan et le Pakistan, puis les bombardements américano-israélien sur le régime iranien, décapité de son Guide suprême mais encore capable de représailles dans toute la région ainsi que sur sa propre population. 

Janvier ne nous avait pas suffi avec l’intervention américaine au Venezuela et les menaces sur la souveraineté du Groenland. Février nous fait franchir un nouveau niveau de conflictualité. En attendant Cuba, plus vulnérable que jamais depuis que l’île est quasiment privée d’électricité ? Ou Taïwan, que la Chine déstabilisée par la rupture d’approvisionnement en pétrole vénézuélien et iranien revendique, entre autres, pour couper le commerce des processeurs dont dépendent les géants de la tech ?

Seul répit, les robots-soldats chinois ne sont que de fausses images générées par une IA. Pour combien de temps encore ? Dans le bloc d’en face, l’affrontement entre le Pentagone et Dario Amodei est un autre révélateur des bascules en cours. Le fondateur d’Anthropic refuse de débrider son modèle Claude pour empêcher Palantir et l’armée américaine de s’en servir pour la surveillance massive de la population et le déploiement d’armes entièrement autonomes. Réjouissant. 

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » comme disait Gramsci. Tous les prédateurs vident leurs stocks d’armes pour tenter leur chance dans l’inter-règne. Face aux conflits et aux technologies, nous nous sentons de plus en plus dépossédés de nos capacités d’action et de contrôle. Ne renonçons surtout pas à exercer notre droit de choisir des alternatives plus positives, pour les territoires dans lesquels nous vivons et les idées dont nous rêvons. 

L’eau monte, le tronc commun se noie, les embranchements sont incertains.