La fibre artistique et les passions électorales ne sont pas les seuls traits français : plus que tous les autres de nos contemporains ou presque, nous nous distinguons par un indécrottable pessimisme national. D’après le rapport saisonnier que vient de publier Ipsos, « en 2025, 85% des Français pensent que l’année a été mauvaise pour leur pays (…). Pour 2026, seuls 41% des Français se déclarent optimistes, bien en dessous de la moyenne mondiale (71 %). » Alors, réellement bornés ou simplement lucides ?

Nous aurions bien entendu tort de tout voir en négatif, mais nous ne pouvons pas non plus nous permettre de détourner le regard de nos maux nationaux. Ils dépassent malheureusement la conjoncture baroque de notre Assemblée nationale dépourvue de majorité. Le problème n’est pas tant que les budgets ne sont pas adoptés sereinement depuis 2022 (multiples recours au 49.3 pour les budgets 2023 et 2024, passages par des lois spéciales pour ceux de 2025 et 2026)… mais qu’aucun budget n’a été voté à l’équilibre au cours des cinquante dernières années et que nous nous éloignons chaque jour un peu plus d’un désendettement.

À ce titre, une note précise et caustique du haut fonctionnaire et banquier Guillaume Hannezo – tendance sociale-libérale – que Terra Nova a publiée le 8 décembre m’a quelque peu secoué sur l’imminence et la gravité du péril : s’il faut « en finir avec le n’importe quoi (qu’il en coûte)« , nous n’avons encore qu’insuffisamment pris la mesure des ordres de grandeur qui s’imposent désormais à nous. Depuis mes études de finances publiques il y a un peu plus de quinze ans, le poids de notre endettement a presque doublé. Nous ne pouvons pas en dire autant de notre bonheur national brut !

Parce qu’un graphique vaut cent mots, évolution sur 30 ans de la dette publique en pourcentage du PIB en France et en Allemagne (source : Eurostat)


L’année 2025 nous a décillé sur un point : le futur se décide et se dessine ailleurs, très vite, sans et bien souvent contre nous. Au sentiment bien réel du décrochage compétitif déjà établi à l’échelle continentale par le rapport piloté par Mario Draghi en 2024, s’ajoute en France la fuite en avant de l’endettement public, y compris et notamment par rapport aux ajustements déjà faits par nos voisins directs. Notre trajectoire collective n’est pas soutenable et nous affaiblit, parce que nous ne pourrons pas éternellement creuser nos déficits, parce qu’en réalité cela fait un quart de siècle au moins que notre contrat social ne remplit plus ses promesses pour une bonne partie de la population et parce qu’il n’y a pas de chemin consensuel pour résoudre l’équation dans une société de plus en plus inégalitaire et constamment mise sous tension financière et identitaire. Pour reprendre le thème de l’appel unitaire du mouvement associatif ces derniers mois, « ça ne tient plus. » Cela va nous coûter cher à tous. 

Le décor étant planté, que pouvons-nous encore nous souhaiter à l’entame d’une nouvelle année ? Que le bruit des bottes s’éloigne et que les conflits plus ou moins lointains cessent. Que nous nous rappelions que la dette écologique est la seule que nous n’arriverons jamais à rembourser. Que l’on ait la sagesse de prendre plus de recul pour écouter les désaccords exprimés, remonter à leurs racines et parvenir à des compromis accessibles et acceptables au regard des immenses contraintes. Que l’on ne baisse pas les bras et que l’on ne se tourne pas le dos. Que l’on se résolve pacifiquement à un déclin relatif de notre confort pour sauver la liberté des moments introspectifs et la joie des rassemblements collectifs qui font la valeur inestimable de nos vies. Sur ce, bonne année 2026 !